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Le séjour scientifique pensé comme une communauté en interaction avec d’autres communautés vivantes

Un séjour scientifique est une petite communauté humaine qui vient s’insérer dans des communautés plus vastes : la nature et les humains qui habitent ici. Comment se rencontrent ces communautés ?







La qualité du séjour en général est déterminante quant à la qualité de la science que l’on peut y faire. C’est pourquoi je veux parler ici de certains aspects non scientifiques des séjours scientifiques ou des congés solidaires en introduisant l’idée de communauté. Un séjour scientifique est une petite communauté, délimitée dans l’espace et le temps, c’est néanmoins une communauté humaine et qui va interagir avec son environnement naturel et un environnement humain. Je veux insister ici sur l’attention particulière à apporter à cela : notre communauté s’inscrit dans d’autres communautés, humaines et non-humaines. Je soulignerai au passage l’importance de cette prise de conscience quant à ce que l’on peut nommer une attitude scientifique.

 1 – Un séjour de vacances : une petite communauté dans une grande communauté

La meilleure manière d’apprendre est en groupe . Les personnes qui se trouvent là, participants aux séjours, animateurs et toutes personnes intervenant, du cuisinier au responsable scientifique du séjour, sont co-créateurs d’une réalité. Les méthodes éducatives visent à faciliter le processus de co-création au sein du groupe. Imagination, liberté, écoute et respect des autres sont primordiaux pour que naisse un vrai sentiment d’appartenance à une communauté. Dans cette communauté idéale, chacun devient acteur et responsable de ce qu’il fait, de ce qu’il dit, grâce au cadre qui est posé : alors seulement nous nous trouvons en situation de tous apprendre paisiblement les uns des autres et de pouvoir apprendre de la nature. La première communauté qui va accueillir les participants au séjour est celle constituée par les membres de l’OSI et des participants eux-mêmes. Son bon fonctionnement sur le plan humain est primordiale. C’est pour moi l’objectif éducatif premier : les fondations nécessaires à tout autre projet. Concrètement, un tel esprit communautaire peut s’appuyer sur des règles simples, mais clairement posées, et suivies attentivement. Un point essentiel réside dans les lieux de dialogue des membres de notre petite communauté. Une attention constante sera apportée à la qualité des relations humaines au sein des séjours. Notamment en accordant une grande importance à la qualité d’écoute des uns et des autres par la mise en place de moments spécifiquement dédiés à cela. Par exemple :

 a) La journée d’accueil des participants doit être particulièrement soignée car la toute première impression à l’arrivée peut être déterminante pour la suite du séjour. Et dans cet accueil l’idée d’une communauté doit être tout de suite forte. Dans cet esprit, il conviendra de laisser peu de temps entre l’arrivée des participants et une première réunion de tout le monde. Tout le monde signifie les êtres humains qui vont participer au séjour, les animaux domestiques le cas échéant, les enfants, les adultes intervenant (du cuisinier au directeur en passant par les animateurs et autres intervenants). Le directeur ou une autre personne peut présenter les grandes lignes du séjour, les spécificités du lieu, l’organisation matérielle et introduire l’idée de communauté. Notamment au travers des règles de fonctionnement de ce petit groupe, règles applicables à tous. : les temps de réunion, les tâches collectives, l’organisation des repas, les lieux de détente où l’on peut se retrouver à toute heure, etc. Ensuite chaque participant pourra se présenter en mentionnant son prénom, d’où il vient et ce qui lui a donné envie de venir ici. Chaque intervenant peut prendre la parole pour se présenter et pour souhaiter la bienvenue aux enfants et préciser son rôle dans la-dite communauté. b) Chaque journée commence en se réunissant tous pour échanger pendant une demi-heure : chacun peut dire ici comment il se sent, communiquer des informations pratiques, parler de l’organisation de la journée, mentionner des événements particuliers. Quelqu’un peut avoir envie de partager une chanson, un poème....Le but est de se sentir appartenir dès le lever à une communauté où s’exprime le plaisir d’être ensemble et dans un projet commun, dans une dynamique commune. c) Tous participent pendant une heure à des tâches collectives. A travers une organisation rigoureuse, il est possible à chacun de nettoyer les lieux, préparer à manger, aller à la pêche ou à la cueillette de fruits, en petits groupes autonomes ou guidés par un animateur. Ces travaux d’intérêt collectif sont le moment privilégié pour mélanger tous les acteurs du lieu et faire des rencontres (par exemple se faire rencontrer des enfants d’âges différents sur une même activité ou bien permettre à la personne en charge de la cuisine de côtoyer aussi les enfants par leur participation ponctuelle à la cuisine). Une petite communauté où tous les membres sont écoutés, heureux d’interférer les uns avec les autres, où la vie est fluide, devient de fait un lieu propice à un esprit de recherche et d’étude et accueillant pour les autres.

Car.... cette petite communauté n’est pas au milieu de nulle part. Tout au contraire elle dans un espace géographique qui n’est JAMAIS inhabité et notre petite communauté s’insère de fait dans une plus grande communauté. Si dans certain cas, le séjour s’installe loin de tout lieu occupé par des humains, du moins se situe-t-il dans un espace peuplé d’autre êtres vivants..... Le deuxième effort à faire est celui de notre intégration au sein des communautés dans lesquelles nous arrivons, communauté humaines ou non humaines.

 2 – Se sentir relié à la nature : la grande communauté des vivants

Une philosophie générale, comme un fil rouge, peut inspirer ce que nous faisons, dans tous nos actes : la prise en compte de l’impact que nous avons sur notre environnement. Nous aurons la chance de nous trouver dans un environnement naturel (relativement) préservé. La qualité du lieu d’accueil des séjours sera très importante pour le plaisir de tous et bien entendu comme fondement même de toute la pédagogie. Je pense qu’il est très important de soigner la beauté du lieu et la qualité écologique de notre présence dans un milieu naturel sensible. Le milieu naturel..... il y a maintes manières d’y entrer : en quad jusque dans les endroits les plus reculés, en courant pour réaliser des performances sportives, en mesurant la longueur des feuilles des arbres.... Il y a maintes manières d’aller à la rencontre de la nature et toutes répondent à un besoin, elles ne sont pas forcément contradictoires, et même souvent complémentaires. Parfois elles sont problématiques car « la liberté des uns s’arrête ou celle des autres commence », et les autres ce sont les autres vivants ! Peut-on privilégier les entrées en douceur ? Nous avons tous appris durant notre scolarité que le plancton végétal (et toutes les plantes) croît grâce à l’énergie solaire et sert de nourriture aux poissons herbivores qui se feront manger par des petits carnivores, eux-mêmes dévorés par des grands carnivores comme les requins : nous avons souvent retenue cette leçon, la vie est ainsi faite, les « gros » mangent les « petits » et il faut s’adapter ou périr (Darwin version simplifiée). Une autre histoire est-elle possible ? Peut-on SENTIR à quel point nous appartenons à un monde VIVANT, à une communauté qui nous accueille à notre naissance et nous apporte ce qui est indispensable à notre vie ? Pouvons-nous encore sentir que notre vie prend sens et beauté quand nous sommes au contact de notre nature : nous sentirons peut-être que nous sommes de même nature que tous les autres vivants de la planète....

Le chemin est simple, il suffit de se laisser TOUCHER par la présence des autres vivants autour de nous. Les séjours scientifiques sont des moments privilégiés pour cela : vie au grand air, dans des lieux très beaux, des enfants en vacances qui ont le temps, et envie de découvrir...

Il me semble essentiel que les animateurs soient sensibilisés lors de leur formation à l’importance de respecter le ressenti des enfants : respecter leur besoin de temps inactifs, de temps solitaires dans la nature, besoin de rendre compte d’observations autrement que sur un mode scientifique.

Puissent-ils se laisser toucher, émouvoir par la beauté, la subtilité, la fragilité, la créativité de la nature et se sentir beaux, subtils, fragiles et créatifs afin de permettre aux enfants qu’ils puissent se sentir beaux, subtils, fragiles et créatifs.

Alors pourra naître une conscience écologique, non comme une leçon apprise, mais comme la vie que l’on sent vivante en soi et autour de soi.

Alors pourra naitre, je crois, une attitude de respect, une attitude aimante et écologique, qui va de pair avec la sensation que nous appartenons à la grande communauté des vivants, au monde vivant.

Je pense que peut naître aussi une façon différente de faire de la science.

 3 – Rencontrer la communauté humaine qui vit ici

Tout communauté humaine véhicule une vision du monde, une connaissance de la nature, une manière de célébrer le mystère de la vie.

Et lorsque deux communautés humaines se rencontrent sur un territoire que se passe-t-il ? Comment se fait la rencontre ?

N’oublions pas que notre civilisation a eu de nombreux contacts plutôt violents avec d’autres civilisations. Même l’histoire des expéditions scientifiques – les expéditions maritimes à partir du milieu du XVIIIe siècle par exemple - est souvent une histoire violente.

Un « séjour scientifique » est une petite communauté qui arrive aussi avec ses croyances, ses objectifs, ses besoins, et qui arrive sur un territoire ni désert ni inhabité. Les séjours se déroulent toujours dans des lieux déjà parcourus ou habités par d’autres humains, et parfois des lieux très habités par des humains qui depuis des générations se nourrissent, se déplacent, s’abritent, s’amusent et prient sur ce territoire.

C’est cette nature habitée que nous allons rencontrer et observer. Comment dès lors pouvons-nous faire pour que la rencontre soit source de joies et de connaissances nouvelles pour les uns et les autres. Que chaque rencontre soit une porte ouverte pour d’autres rencontres. La réponse est loin d’être évidente !

Je veux ici seulement souligner l’idée que nous rencontrerons une communauté humaine : une communauté est fondée sur des connaissances et des modes de connaissance qui sont les siens, probablement fort différents des nôtres. Nous sommes nous-mêmes plein des connaissances et des croyances issus de notre culture. Et nous sommes très marqués par une culture « scientifique » qui conditionne beaucoup notre approche du monde. Il est intéressant de noter que le langage commun parle d’une « communauté scientifique ». Cette communauté formée des chercheurs en sciences, des scientifiques, se reconnaît comme communauté parce qu’elle partage une vision commune du monde, un esprit scientifique et des connaissances scientifiques. Cette vision est encore réputée être objective et donc universelle. Mais de nombreux épistémologues nous donnent une autre analyse : la connaissance scientifique est tout aussi subjective que les autres, c’est un accord intersubjectif sur le réel phénoménal.... De plus, elle répond à des présupposés souvent inconscients et à des objectifs qui ne sont pas forcément partagés par d’autres peuples....

Nous devons être clairement conscient de cela avant d’entrer en contact avec des humains sur leur territoire afin d’avoir l’ouverture d’esprit nécessaire à un dialogue respectueux et enrichissant.

Ainsi un séjour scientifique peut être tout à la fois un lieu d’apprentissage de la méthode scientifique et aussi l’opportunité de cultiver un esprit d’ouverture et une conscience des fondements et des limites de toute connaissance.

Dans cette ouverture nous pouvons apprendre beaucoup. Certains humains qui vivent ici depuis des générations connaissent mieux la nature que tout scientifique qui y passe quelques jours ou quelques semaines par an. En tout cas ils la connaissent d’une autre manière. Écoutons-les !

Notre capacité à apprendre des autochtones me semble primordiale . Nous ne venons pas avec la science infuse, ni les bonnes solutions à leurs « problèmes écologiques », mais beaucoup plus humblement. Il nous faut être attentifs à notre attitude à l’égard de la communauté qui nous accueille. Nous ne pouvons être porteurs de projets scientifiques, écologiques et humains heureux que si nous sommes dans un profond respect de ce qui se fait déjà dans ce lieu. Ensuite quand un bon contact est établi, nous pourrons peut-être, selon les circonstances, proposer notre vision du monde, notre démarche écologique et scientifique avec précaution et humilité.

 Conclusion

Les avantages de prendre soin de vivre d’un « séjour scientifique » comme d’une petite communauté qui va à la rencontre d’autres communautés sont – entre autres - les suivantes (je ne parle ici que des avantages pour les enfants qui participent au séjour) :

– Se sentir appartenir à une communauté (petite comme la famille nucléaire ou vaste comme le monde vivant) apporte un sentiment de sécurité fondamental pour le développement des enfants et le bonheur de tous. Lors d’un séjour scientifique, des enfants en sécurité sur le plan émotionnel sont plus facilement ouverts : ouverts aux autres enfants, ouverts aux adultes intervenants, ouverts à l’environnement naturel et humain, ouverts à de nouveaux apprentissages.....

– Se sentir accueillis par une communauté – humaine et non-humaine - apporte un sentiment de gratitude pour le monde qui nous porte. Être accueillis par plusieurs communautés, c’est-à-dire notamment le séjour organisé par Objectif Sciences International, la nature, les habitants de la région, ne peut qu’amplifier ce sentiment. Cette gratitude conduit naturellement vers des attitudes pacifiques, coopératives, co-créatives. Vers le désir d’explorer le monde.

– Comprendre que fondamentalement toute communauté humaine a ses croyances. Que nous « croyons » également des choses que d’autres ne voient pas de la même façon.... Et qu’il est possible d’être scientifique et respectueux d’autres points de vue sur le monde.

Puissent les séjours scientifiques être le creuset de rencontres émerveillantes et enseignantes, sources de joies et d’enthousiasme pour rêver et vivre le présent intensément et pour construire le futur dans le même élan.



Catherine THOMAS,
date de publication : 28 février 2015,
date de dernière mise à jour : 25 mars 2014


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