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De l’utilité de faire de la médiation des sciences

Mais pourquoi faire de la médiation des sciences ?







Il existe au moins une triple utilité de faire de la médiation des sciences.

 Science et société

De nombreux sociologues, philosophes, scientifiques, économistes et autres universitaires nous proposent un élément explicatif de tout ce qui se produit dans notre société. Ainsi, le facteur principal serait le risque pour Beck [1], le phénomène technique pour Ellul [2] et l’indépendance économique pour Polanyi [3]. Fait étonnant, les sciences jouent un rôle important dans chacune de ces propositions puisque souvent considérées comme partie inhérente de la société :

« Irrémédiablement marquée par la société où elle s’incère, la science en porte tous les traits et en reflète toutes les contradictions [4] ».

Ainsi, il apparaîtrait difficile d’extraire le pôle scientifique du reste de la société. Inversement, on ne saurait aborder des grandes questions sociologiques sans faire allusion, à un moment ou à un autre, au pôle scientifique.

 De l’utilité de faire de la médiation des sciences

En considérant que science et société sont indissociables l’une de l’autre, on ne sera pas étonné de voir que les analyses critiques de la science n’ont fait qu’augmenter au cours du siècle dernier. On pouvait lire dans Le Monde des 7-8 juin 1972 :

« Quand les principaux piliers d’une société sont secoués, à quoi bon faire le fanfaron ? L’Église, la famille, l’entreprise craquent de toutes leurs structures. Il serait suspect que la science ne souffre pas, elle aussi, du « mal du siècle ». Qu’on se rassure ! La tempête souffle également de ce côté ».

Il est raisonnable de penser que le vent de cette « tempête » s’accélère à mesure que le nombre des catastrophes, provenant directement ou indirectement de l’avancée des techno-sciences, augmente (Tchernobyl, déforestations, marées noires…). L’image de marque des scientifiques et de leurs activités s’est ainsi sérieusement dévaluée de sorte que l’on s’éloigne progressivement de la foi aveugle en les sciences. Le scientisme caractéristique du début du 20e siècle est révolu.

 [5]

Parallèlement, les techno-sciences se font plus complexes.

[A ce niveau, relevons la distinction dans l’utilisation du singulier et du pluriel vis-à-vis du mot « science ». Le pluriel « les sciences » suppose que les domaines scientifiques (mathématiques, physique, biologie…) diffèrent suffisamment les uns des autres selon leurs méthodes expérimentales, applications, outils (…) pour qu’ils ne soient pas tous réunis sous une terminologie mise au singulier. Le suffixe « techno » rappelle que les sciences font appellent à une technique, un savoir faire, particulier.]

Sans aller jusqu’à dire qu’il n’existe pas de science fondamentale, on peut considérer que les sciences se sont éloignées des réflexions surtout philosophiques de l’antiquité. Si les techno-sciences se font plus complexes, elles se font aussi plus hermétiques au grand public qui ne peut alors plus accéder à l’information par lui-même.

Enfin, on assiste à une demande très forte d’un partage des connaissances sur les questions scientifiques qui sont entrées au cœur du débat politique et citoyen : réchauffement climatique, clonage humain, nucléaire... Résumons les trois phénomènes :

- 1)La science peut faire peur.
- 2)Les techno-sciences se font plus complexes.
- 3)Il existe des grandes questions scientifiques qui ne peuvent pas rester du domaine exclusif de la science.

Considérant, entres autres, ces trois points, Jack Guichard et Jean-Louis Martinand estiment que :

« La médiatique des sciences correspond à un enjeu de société, un enjeu de diffusion des savoirs scientifiques au plus grand nombre d’enfants et d’adultes, afin qu’ils puissent exercer leur citoyenneté. »

Il existe donc au moins une triple utilité à entreprendre un travail de médiation des sciences.

Mais qu’est-ce que la médiation des sciences ?

TM

[1] Ulrich Beck, La société du risque, Paris : Flammarion, 2001

[2] Jacques Ellul, Le système technicien, Paris : collection « liberté de l’esprit » de Raymond Aron, 1977

[3] Karl Polanyi, La grande transformation, Éditions Gallimard, 1944, 1983 pour la traduction française

[4] Alain Jaubert et Jean-Marc Lévy-Leblond, [auto]critique de la science, Paris : aux éditions du Seuil

[5] Mic Delinx (dessin) et Christian Godard (scénario), extrait de Les Aventures de Joe le tigre, 1973



Theo Michel,
date de publication : 22 février 2012,
date de dernière mise à jour : 8 février 2011


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